Ma voix perdue,
je croyais à jamais le 7 janvier, essaie à nouveau de moduler de sons.
Assise sur
une des chaises de l’aéroport de Bogota je prenais connaissance de l’issue de l’attaque
au siège de Charlie Hebdo.
« Éteignez
vos portables, vos tablettes…. mettez-les en mode avion »
En quittant
l’aéroport brésilien, direction Colombie, j’avais eu juste le temps de lire une
info flash qui annonçait un énième attentat au journal de Charbs.
Sept heures
de vol, l’atterrissage et enfin les nouvelles apprises dans l’incrédulité. L’inimaginable
s’était fait réalité.
Sous le
soleil et les palmiers de Carthagène, dans un cadre déplacé et irréel j’avais suivi
la suite des événements: coups de feu à Paris, la prise d’otages au supermarché casher, la chasse à l’homme, aux hommes…
Mes yeux
aveuglés par le soleil regardaient à l’est, la pensée adressée à ma fille dans
la Ville lumière, devenue noire et sombre …
Angoissée elle,
atterrée moi.
Et toujours
ce sentiment d’irréalité à propos d’une actualité atrocement et cruellement réelle,
dans mon petit quotidien constitué d’une réalité devenue absurde au bord d’une
piscine, sous ce soleil ardant qui me dépaysait, la boule à l’estomaque, la
gorge nouée, plein d’interrogations sans réponse.
#je suis
Charlie#
-suis-je-le ?-
Difficile de
répondre à la question pour les multiples sens de la phrase.
Peut être que
je ne le suis pas ou que je ne l’étais
pas, ou peut être tout juste un peu… mais c’est sur que je le suivais.
Mes pensées
restent collées, agglutinées tel un grumeau de sang, un caillot qui bouche mes artères.
Je n’arrive pas à m’exprimer, je demeure sans voix.
Dix mois
plus tard, les premiers coups de fusil ont explosé dans mes oreilles.
Échange de
messages whatsapp. Textos rapides qui ont frappé et ouvert la porte à la recherche des infos.
-Fusillades à
Paris !-
Centre-ville.
Stade de France, évacuation du président Hollande. La salle du Bataclan…
Les news se
suivent décousues, me laissant perplexe pendant qu’une angoisse croissante
descend et s’empare de moi.
Cette fois c’est
moi qui me trouve dans l’hexagone, et ma Parisienne demeure à l’écart dans la
botte.
Je cherche à
comprendre.
L’apocalypse ?
L’apocalypse !
Les morts et
les blessés se comptent en dizaines.
Les chiffres
roulent, elles tournent, elles prennent forme.
Une forme
qui change, grandie, détone.
Explose.
Droit au cœur !
Plus de cent
morts : le samedi on en comptera cent vingt-neuf et une semaine plus tard
ils deviendront cent trente ; un des trois cent cinquante-deux blessés ne
survivra pas.
Ce vendredi
13 je n’étais pas au stade, ni à la terrasse du Carillon ou du Petit Cambodge,
au Bataclan non plus et j’ai quand même été blessée.
Pas de balles perdues ;
je suis une blessée sans balle.
#nous sommes
tous blessés#
C’est la
phrase qui me hante depuis ce soir-là. Mon hashtag non posté.
Je n’ai plus
de voix.
Les mots
roulent dans ma tête, explosent, se cognent contre les parois sans pouvoir
trouver une issue.
Il faut
crever l’abcès.
Il faut que je retrouve ma voix et l’envie de
poser le noir sur le blanc de la page.
Adieu
Charlie.
J’arrive
enfin à te rendre un petit hommage.
Mon devoir
de mémoire jusqu’à présent irréalisé, prend forme.
Dix mois
plus tard j’ai retrouvé ma voix, une petite voix pour répéter
Adieu
Charlie.
Nous sommes
tous blessés.
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